11.12.2007

PRISE DE POSITION de Bernard Heyberger, professeur à l'université de Tours!

"J'avais moi-même alerté les collègues de l'université de Tours à propos de la carte moneo avec un texte satirique en juin dernier [2007], dans un sens un peu diférent du vôtre." VOICI LE TEXTE:

 

                         

Bernard Heyberger

Enseignant-titulaire

Université Moneo

Faculté Atout’centre

Antenne de Tours

 

 

Je viens de recevoir ma nouvelle carte professionnelle, et je ne résiste pas à l’envie de vous communiquer mes impressions à son sujet.

 

Il s’agit d’abord d’un objet moderne : une carte à puce plastifiée d’une belle couleur bleue, qui se rangerait parfaitement dans mon portefeuille entre la carte de fidélité de la Redoute et la carte Cofidis, si, pourvue d’un étui transparent et d’une sangle, elle n’était destinée à être portée au cou comme je l’ai déjà vu faire par les employés de mon Monoprix. La sangle, très artistiquement ornée du logo du Crédit Agricole, est destinée à égayer nos mornes allures et nos gris revers de vestes.

 

Je salue donc ce progrès technique, avec un petit regret : si elle pouvait permettre de cumuler des points « smiles », comme à la SNCF et à la Redoute, cela améliorerait la prestation.

 

On comprend que cette carte est avant tout à usage interne : faire de la communauté universitaire une harmonieuse communauté de consommateurs, dans laquelle les hiérarchies (heureusement !) s’effacent. Etudiants, personnel administratif, personnel d’enseignement (on n’a pas prévu de mention « enseignants-chercheurs », « maître de conférences » ou « professeur des universités » : titres obsolètes et prétentieux) : tous consommateurs, tous munis du même objet, qui donne accès aux repas du CROUS, aux photocopies et aux bornes MONEO, sans doute aussi aux distributeurs de boissons gazeuses. Il faut que le port de cette carte au cou soit rendu aussi vite que possible obligatoire, afin que les intrus, ceux qui n’appartiennent pas à notre communauté, puissent être immédiatement repérés.

Cette carte aidera à savoir exactement quelles sont nos habitudes de consommation, de déplacements,…de travail, et permettra donc à Moneo, au Crédit Agricole, et à d’autres, d’améliorer encore leur offre à notre destination. D’ailleurs, la confection de la carte était accompagnée d’un long document, qu’on nous proposait de signer, par lequel nous donnions l’autorisation d’utiliser les données nous concernant. J’ai, bien sûr, signé sans hésiter : je me réjouis de recevoir du courrier du Crédit Agricole et d’autres, auxquels le fichier aura été transmis. Enfin, l’université se dote d’un outil de management qui la mettra à égalité avec les grands groupes privés.

 

Je serai plus ennuyé, lorsque, demandant une carte de lecteur à la Biblioteca Apostolica Vaticana, j’exhiberai ce document pour attester mon grade et ma fonction. J’imagine que l’employé de la bibliothèque, égaré par les grosses inscriptions ATOUT’CENTRE MONEO sur le recto de la « carte professionnelle », aura du mal à me croire lorsque je prétendrai que je suis professeur d’histoire à l’université de Tours. Si, pour le convaincre qu’il ne s’agit pas d’une carte de fidélité de mon magasin favori, je lui dirai qu’elle a été fabriquée par l’UNRC* au bénéfice du PUCVL*, je risque d’aggraver ses doutes. Il la retournera sans doute alors, et y lira « Que toute personne trouvant cette carte est priée de bien vouloir l’adresser sous pli non affranchi à l’émetteur : Crédit agricole… ».

 

Non, cette carte ne doit pas sortir de l’université Moneo. Je ne parlerai pas de mes fonctions à l’Université de Tours à l’employé de la Bibliothèque Vaticane, qui ne pourrait pas comprendre. Je lui montrerai la « carte professionnelle » qui m’a été délivrée par une institution poussiéreuse : l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Ce document archaïque, quasiment cunéiforme, consiste en un bout de carton, sur lequel une main d’un autre âge a tracé mon nom et ma fonction de « Directeur d’Etudes » après y avoir agrafé ma photo. Mais cette pièce hors du temps, qui nécessite presque de recourir à la paléographie, est barrée de bleu-blanc-rouge, et porte en tête, en caractère bien lisibles, la mention : « République Française, Ministère de l’Education Nationale ».

 

*UNRC : Université Numérique en Région Centre

** PUCVL : Pôle Universités Centre Val de Loire

 

 

 

 

 

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